Salut. J’aimerai bien relater quelques évènements palpitants que je vis en ce moment, mais trop professionnels ou trop privés, il vaut mieux que je les taise.
Cependant, néanmoins, ceci-dit – Samyr, si tu me lis – j’ai assisté l’autre soir au festival Sirocco, à ce que j’appellerai une naissance : celle d'Aman. C’est une première scène et déjà quelque chose de magique s’est produit, quelque chose de sincère entre les musiciens et le public. Aman ira loin – je croise les doigts…
Sinon, en ce moment, c’est l’actualité qui me tanne. Elle me laisse la mauvaise impression que ma société et ses représentants font tout pour m’emprisonner dans mon chez-moi, entre mon micro-onde et ma télé (que je n'ai pas) et que ni wam ni mes congénères n’en sortirons plus jamais autrement que pour pieusement nous rendre à nos boulots déconsidérés et sous payés. Je me trompe ?
Pour faire court, je trouve :
Absurde – Ce prof de philo traîné en justice et passible de cent euros d’amende, pour avoir admonesté des représentants de la force publique, qui s’acquittaient de leur besogne avec le zèle qu’on leur connait depuis le résultat des dernières élections présidentielles, en leur répétant poliment « Sarkozy, je te vois » – tandis que le président en question ne se déplace plus à un meeting sans s’assurer qu’un cordon de sécurité de 10 km entoure sa petite personne et vire les préfets qui ont eu la faiblesse de laisser s’approcher des manifestants mécontents un peu trop près du cortège de ses aficionados, de moins en moins nombreux et de plus en plus agressifs vis-à-vis de ceux qui ne partagent pas leur vision de l’économie et du monde. Juste absurde. Quoi, traiter quelqu’un de Sarkozy serait devenu une insulte en droit français ? Une dicrimination ? Sarkozy ! Sarkozy ! etc…
Rigoliques – Ces députés grand teint qui croient qu’en apprenant la marseillaise à nos chères têtes blondes et en drapant tous nos lieux publics de chiffons bleu-blanc-rouge, on inculquera aux générations à venir le respect des règles d’une république dans laquelle leur propres parents ne se reconnaissent plus. Qu’ils ne seront plus les victimes des abondons d’un système de moins en moins équitable envers eux et leurs familles, qu’ils n’habiteront plus dans des banlieues bientôt dignes d’en remontrer aux favelas d’Amérique Latine, que leurs adresses et leurs origines ne seront plus des freins, sinon des obstacles insurmontables pour accéder à des cycles d’études valorisants et à des emplois corrects, qu’ils ne seront plus attirés par les sirènes de la délinquance organisée ou de la révolution. Si ça ne me rappelait pas les meilleurs passages des propagandes de la guerre froide, je pourrai trouver ces propositions sinon débiles, du moins rigolotes.
Inquiétant – ces enfants qu'un troupeau d'agents de police a ramassés à la sortie de l’école pour un présumé vol de vélo, comme n’importe quels criminels, et qui n'ont du subir que deux heures de garde à vue dans un sinistre commissariat, pendant que leurs parents n’étaient pas prévenus. Crotte, il y en avait un en maternelle et l’autre en primaire. Il paraît que la procédure a été strictement respectée. Strictement, c’est peut-être le problème. J’entends depuis quelques jours des gens autour de moi dire que c’est normal, qu’il en faut de l’autorité, pour que nos gamins arrêtent de tout casser, que de notre temps… De leur temps les chiards n’étaient pas élevés à renfort d’émissions populaires, cellulaire en main, à mater sur MTV des rappeurs du dimanche, dont les seules aspirations sont de niquer des « fesses bien dures » sur des banquettes de bagnoles de luxe après avoir sniffé de la coke, tué un flic et un juge et ramassé des énormes paquets de dollars. La fabrique des comportements, j’appelle ça. Vous avez écouté les derniers exploits lyriques d’un Eliem ou d’un Ben Laden, icones des jeunes et des plus jeunes ? Moi si. Après ça, expliquer à un gamin que l’idole à laquelle il s’identifie lui raconte n’importe quoi, pourvu que ça plaise à une maison de production, à une chaîne de télé, et que ça rapporte un max de fric (ce qui, soit dit en passant, est l’objectif que tout bon citoyen des civilisations capitalistes est en devoir d’atteindre) lui faire entendre qu’il a le droit d’écouter, de regarder, d’acheter les clips, les disques, les magasines spécialisés, les posters, les places de concert, les sonneries de téléphone, etc… mais qu’il ne doit, sous peine d’être réprimandé par les adultes et par la loi, jamais reproduire même un centième de ce qu’on ce qu’on lui présente tous les jours et toutes les nuits comme un modèle de développement personnel… Je vous le donne en mille : c’est impossible (on frôle l’injonction paradoxale globale). Inquiétant d’écouter un ministre proposer, sans siller, de résoudre la violence à l’école en plaçant des portiques pour détecter les armes à feu et en transformant les directeurs d’établissement en officiers de police judiciaire, sans qu’aucun journaliste ne vienne souligner la dérive sociétaire fasciste que cette idéologie droitière sous-tend. Interviewant, au contraire, des profs qui plébiscitent ce genre de conneries totalitaires (je me demande franchement d’où ils les sortent, ces gogos de l’enseignement qui pensent remplacer les compétences en psychologie et /ou en éducation qu’ils ont oublié d’acquérir, par une paire de menottes et des barreaux aux fenêtres) – Inquiétant.
Dangereux – Cette manie omniprésidentielle de placer tous ses proches et amis d’obédience ultralibérale, déjà possesseurs de la plupart des richesses produites par les employés de ce pays, aux postes de direction des principales entreprises du CAC 40 et à la tête de tous les réseaux de communication et d’information publics et privés (Bouygues Lagardère et Bolloré, ses amis de 20 ans, tiennent déjà le pavé d’à peu près tout ce qui se publie dans les presses et dans les médias rentables. Si ça ne lui suffisait pas ? Il lui faut également France télé, France radio, France journaux, France net, France mon c…). Au passage, en votant pour ce précieux cadeau accordé aux artistes les plus hautains et les plus chiants du PAF (paysage audiovisuel français : traduisez la merde à Bigard, à Renaud et au reste de ces connards qui continuent de nous faire croire qu’ils aiment bien les pauvres et qu’en achetant leurs putains de disques et leurs spectacles à deux cent balles, on contribuera à sauver une soi-disant exception culturelle française, devant laquelle le monde entier se prosterne avec une intellectuelle condescendance, et qui remplissent hypocritement, mais hypermédiatiquement, les caisses de ces gentils enfoirés de bénévoles qui, eux, distribuent comme ils peuvent de la bouffe aux gens, chaque hiver plus gravement touchés par cette crise qui ne dit pas son nom, mais qui est aussi et surtout la leur, à ces « artristes du show bisness » qui ont gommé depuis longtemps le mot partage de leur vocabulaire – Quoi ? Y a plus de sous pour mettre de l’essence dans la Ferrari ?) donc, en soutenant cet HADOPI (petit nom de cette grande loi liberticide sensée mettre un terme aux téléchargement illégal des œuvres – rien que d’écrire ce mot, je m’arrache les ongles) ces messsieurs et ces messsdames qui, à mes yeux, n’ont plus rien avoir avec ce que représente un artiste et encore moins avec ce que saurait produire (de bon) une culture, grassement payés par des boîtes de prodes dont le capital éléphantesque appartient aux patrons précités, vont imposer aux entreprises et aux foyers de ce brave pays de configurer un logiciel mouchard dans leurs ordinateurs, directement connecté aux serveurs d'une commission chargée d’éplucher les faits et gestes virtuels de chacun. Très populaire et très chinois comme procédé, je dis – Et je répète : Dangereux !
Obsolète – La politique de réformes, promise et imposée par la France qui bouge (ah !ah !ah !) de destruction du tissu social et de dérégulation économique, menée tambour battant par les ministres en place (pas pour longtemps...) qui conduit tous les corps de métiers de ce pays à s’exprimer comme ils le peuvent, dans la rue, dans les urnes, sur la toile, dans l’espoir que ce massacre s’arrête à temps. Et qu’on puisse restaurer les quelques meubles encore sains des institutions et des entreprises qui valent le coup qu’on les soutienne, voire qu’on les subventionne. Plutôt que de laisser dépenser l’impôt des moins riches (les riches, eux, en sont quasiment exonérés depuis le fameux « bouclier fiscal » autrement nommé « package Johnny Hallyday ») en des opérations de sauvetage de banques et de dirigeants irresponsables, en salaires présidentiels, en commissions aussi dispendieuses qu’inutiles. Les étudiants sont dans la rue. Les enseignants et les chercheurs sont dans la rue. Le social est dans la rue. La santé est dans la rue. La justice n’en peut – ni n’en veut plus. Les travailleurs et les chômeurs crient leur ras-le-bol. LA FRANCE VA EXPLOSER. Et ces ministres, dont certains de gauche, de nous marteler inlassablement que la populace attend leurs réformes avec impatience, qu’ils ne vont pas assez vite, que c’est la faute à l’Europe (mais quand même pas trop, parce qu’il faut aller voter pour leur assurer leurs super retraites communautaires – et les frais des restaurants à Bruxelles, à Strasbourg ou ailleurs). Obsolète, l’ultralibéralisme. En échec : la crise systémique que nous traversons le prouve.
Révoltant – Le sort des « sans papiers » que la France et ses polices traquent sans relâche, les rafles à six heures du matin, les suicides, la politique du chiffre à tous prix. Ils vont jusqu’à empêcher des touristes de rejoindre leurs pénates pour remplir les grilles de présence des camps de rétention. Entendez bien la nuance, en détention, vous avez été jugé ou vous êtes en passe de… vous avez des droits. En rétention, vous n’en avez aucun. Révoltant d’entendre, au détour d’une réunion, les représentants des associations de défense des parias du 21ièmesiècle ; réfugiés politiques, économiques, climatiques, tentés par les mirages du pays des droits de l’homme ; ces bénévoles vous dire qu’ils assistent presque quotidiennement à des scènes de maltraitance voire de torture (question d’éthique et d'interprétation) envers des êtres humains, des parents, des enfants. Révoltant le « délit de solidarité » dont sont accusées toutes les personnes qui ont approché de près ou de plus près des immigrés en situation de précarité extrême, et qui les ont aidés, nourris, et même – comble de la dégénérescence morale – que certains et certaines d’entre-nous ont aimés, allant jusqu’à commettre le sacrilège de se marier avec (en blanc comme de coutume) et qui sont redevables de leur humanisme devant la justice (j’ai, par le passé et il n'y a pas si longtemps, eu des contacts réitérés, hébergé et soutenu des amis et des amies dont les nationalités d’origines semblent plus que douteuses, aux vues des critères actuels de régularisation, certainement des terroristes en puissance, des profiteurs(euses) de la générosité publique : je ne m’en excuse pas, j’assume et je recommencerai). Révoltants ces français qui dénoncent leurs voisins à la préfecture. Révoltantes les manœuvres politiciennes pour cacher tout ça, les bavures à la pelle, les réminiscences d’une histoire pas si lointaine... REVOLTANT.
Ecœurant – Enfin, cette gauche qui se dit de gouvernement, qui perd notre temps dans des débats d’égos stériles. Ces syndicats qui nous jouent la temporisation, de peur d'abandonner leur précieux privilège de représentation des salariés. Affolés par la perspective d'une vraie grève générale. Comme aux pires heures de la collaboration entre Solidarnosc et le pouvoir communiste. Et cette « extrême gauche » de la désunion des votes qui veut nous faire passer des vessies trotskystes pour les lanternes éclairées des récents adhérents du parfait nouveau parti anticapitaliste, qui ne sont pas du tout des anciens de la ligue communiste révolutionnaire et qui n’ont, mais alors absolument pas, les mêmes réponses aux identiques lectures des pareils problèmes, ni les méthodes de ces derniers, dont ils n'ont jamais fait partie. Tout ce beau monde ferait bien de se sortir les doigts de l’anus (désolé) pour ces élections européennes qui pourraient éventuellement servir de contre-pouvoirs et qui, la faute à Voltaire, vont finir en fiasco. Je ne les porte pas forcément toujours dans mon cœur, mais heureusement que les verts José Bové et Daniel Cohn-Bendit relèvent le niveau, merci pour nous. Et là je dis : je suis carrément écœuré.
Voilà j’ai presque fini. Je poste un dessin et un truc sarcastique, histoire de me faire pardonner de n’avoir rien dit depuis des mois (mes études et mon stage en protection de l’enfance m’accaparent) +++ filou.

