Dix bonnes raisons de ne jamais croire un hippie.
1/ D’abord, et essentiellement, parce que le hippie n’y comprend rien au punk. Le hippie veut changer la société, sans s'impliquer. Le punk aussi d’ailleurs, et c’est pas une raison... No future, les Sex Pistols, la Reine d’Angleterre, les prolos, le hippie n’en a cure. Le punk non plus d’ailleurs, mais ne mélangeons pas.
2/ Le hippie n’est ni un hardos, ni un goth.
D’un naturel moins combattif, négatif ou violent - et peut-être parce qu’il n’aime pas le noir - le hippie est gêné quand le discours porte sur l’exhumation des morts, le dernier album de Napalm Death ou la suprématie des buveurs de Picon-bière sur le restant de l’humanité. Il partage toutefois certaines habitudes d’existence avec ces maniaques du Mad Max et du Hells Angel - comme l’usage immodéré de stupéfiants, les cheveux qui peignent la moquette, l’obligation de fuir quand un flic demande ses papiers – ou quand un rassemblement de jeunes à tendances antisociales commence à traiter sa reum. Celui-ci préfère, de toute évidence, le calme et la sérénité du dernier tube de Ravi Shankar, un joint, une bière et au lit. A la dure quoi…
3/ L'analogie le prouve : le hippie n’est pas révolutionnaire,ni adepte de contestation, d’ésotérisme ou de double Ricard. Tout au plus agite t-il ses dreads pouilleuses à la face de l’ordre établit, en lui tapant « une clope ou une feuille, man, ça peut toujours servir. Euh… t’as pas du… grand format ? ». Contrairement aux punks, aux hardos et aux goths, qui eux, conservent toute notre estime.*
*NA : L’auteur aimerait fréquenter moins d’anarchistes, afin de se sentir plus libre de donner son avis…
4/ Le hippie dénote en soirée.
Il n’a pas de style. Sapé dans l’armoire de ses grands parents ou à Emmaüs, le hippie se complet de velours verts et bruns, de chemises faites main par une communauté Sioux établie dans le Cantal et d’accessoires revendiquant ostensiblement son pacifisme obsessionnel : Collier Mercedes, piercing de l’illumination tantrique 24 carats, pins du Che en ambre jaune, emblème de Kurt Cobain agonisant près d’une seringue (parce que, il faut pas déconner, le hippie est capable de reconnaitre le talent quand il est dénué d’arrière pensée…).
Le hippie superpose des couches de fibres informes qui le grattent comme du poil urticant - et d’origines certifiées pour retenir l’odeur de la pipe, le doux fumet du compost d’ortie et la transpiration de ses bras. Ce qui, à contrario, le rend parfois attachant ou pitoyable.
5/ Il plombe l’ambiance : « Chakras, haschisch, musique de foncedé, trucs d’artisan bio : le gars qui te fait l’effet d’un spot sur les dangers de l’alcool et de la drogue ensemble. En direct « ouais… ouais, les jardins de Babylone, ouais… Ils étaient perchés, ouais… Toi t’es pas redescendu… C’était quand ta dernière prise ?... Elle s’est pas effondrée la tour de machin ?... Les mecs, on pourrait pas le pendre, juste une fois ?... Quelqu’un lui a dit qu’on a fait du punch, là, ou il va me gaver toute la nuit ?… ouais… ouais… Les civilisations précolombiennes… blabla…».
6/ Le hippie a des croyances et des raisonnements débiles.
Tout y passe dans le désordre ! La lumière au bout du couloir. La mémoire de l’eau. Le tissage des laines de yack en Mongolie mineure. L’agriculture en appartement « qui sans me vanter, avec le savoir que l’observation m’a permis d’entrevoir, peut donner des résultats tout à fait… rentables… parfaitement, et naturels ! » Même quand tu remets son bordel en ordre, ça devient dur de te balancer sur du funk tranquille, dans un environnement « bon flow, bonne vibe » sans avoir envie de lui décoller « un coup dans ses b…… à ce bouseux avec ses sandales en cuir, son pain sec de merde et son lait crû du Larzac ! Laissez-moi… faut pas pousser … il gonfle tout le monde… je vais me le faire !».
(En plus, quand il est subsaharien, le hippie devient rasta, et là… Je passe)
Au fait, évitez les toasts au pâté, et les Mac Do. L’emmerdeur étant végétarien, il ne mange pas de sang ni d’OGM. Quoi ? C’est vachement marrant les OGM. L’autre jour j’ai fait un milkshake avec une fraise grosse comme une pomme. Et bleue. Et avec du saké transgénique phosphorescent et du caillé de chauve-souris mutante. C’était cool… **
**NA NA : José Bové, sors de ce corps !
7/ Le hippie est amour. Tout amour. Mais attention : pas le même que nous ! L’amour de Tout. L’amour du Tout ! Vous saisissez la beauté de l’exercice ? Moi non plus. N’empêche, j’ai une copine qui est sortie avec un hippie. Plutôt, elle est « entrée en amour ». Puis elle est ressortie en larmes. Bon elle était naïve, sans expérience, pucelle… Mais y’a pas qu'elle : imaginez toutes ces naïades et ces nymphettes innocentes, dont la quête du romantisme seventies s’arrêta ou commença celle du hippie « Moi ? Me marier ? Dans une grotte ? A poil ? En gobant des extas comme des hosties ? Avec des bagues en bois tressé ? A Goa ? Mais t’es malade ? ».
8/ Le hippie s’épanouit loin de la civilisation.
Vernissages, buffets libres, bars à putes, parcs publics, le hippie des villes nous renseigne peu sur son habitat premier. Et pour cause. C’est à la campagne qu’il nous faut chercher les reliques de cette euphorisante et pourtant fragile évolution des mœurs, que prônait le hippie dans sa brillante jeunesse : Lueur mystique, sexualité libre, débauche des sens, L.S.D : Lobotomie, Schizophrénie, Dépression. De l’espoir au slogan, du verbe à l’union, de la communauté de bien au divorce. Quand il n’y avait qu’un pas…***
***… Quand il n’y avait qu’un pas, qu’un seul chant, qu’une seule montagne, qu’un rocher et un buisson ardent… Non, ça c’était Moise - autant pour moi.
9/ Lorsqu’il fume de la merde, le hippie engraisse un mafieux qui fut hippie avant lui. Avant que ses dents ne moisissent et que ses longs cheveux ne tombent. Et qui, par un sens inné du buisines (ou pour se payer les soins d’un chirurgien - ou pour remplir la piscine à mémé) sut flairer l’opportunité d’être le héraut d'une avant garde contre-culturelle à forte valeur ajoutée. Quitte à devoir faire la sortie des écoles.
Le rythme effréné de renouvellement des leaders de ce milieu décadant, la mortalité précoce, les internements psychiatriques nombreux et malchanceux, ont encouragé le hippie à recourir à des techniques d’empowerment et de management modernes, orientées vers l’avenir. Et oui, c’est triste. Mais comment ferait-on sans lui, pour fabriquer des usines en Chine ou en Roumanie ? Et pour donner du travail à toutes ces petites mains oubliées du capitalisme ?****
****NA NA NA : C’est mon seul argument de poids !
10/ Enfin, comme nous l’avons évoqué, le hippie vieillit mal.
Sont-ce les promenades bucoliques au bord des champs verdoyants du Rif, les galéjades entre amis pendant les ablutions rituelles du Gange, les pérégrinations, pieds nus, le long des frontières afghanes escarpées ? Le Vietnam ? En tout cas : devenir hippie, ça pardonne pas ! Les partouzes, les voyages, les drogues : ça abîme ! Ça attaque d’emblée les neurones, on le savait. Puis ça s’en prend au corps. On maigrit, on grossit. Selon qu’on est en pré ou en post cure. On devient con et maniaque, mais ça c’est normal, c’est l’âge. Ça nous menace tous. Et c’est justement là que, comme chez tout le monde, c'était pas prévu - ça poigne ce qu’on a de plus cher : ses sous. Autant dire sa conscience.
Dés cet instant le hippie devient yuppie. Et il vote décomplexé pour des gens qui, sans les citer, trouvent que ça sent mauvais chez les pauvres, que les banlieues ça pue, que les impôts ça craint - et que les autres ils ont qu’à fermer leurs gueules de misérables. C’est pourquoi, et pour en revenir au titre de cet album punk indémodable des années 70… Never trust a hippie !******
*****Note de mon avocat : Evidemment, tout ce qui précède est une blague
Pour Inter Note, salut. Filou.
PS : J’en profite pour faire la promotion de ma future parution « Le crépuscule des sorcières » qui, si tout se passe bien, sortira dès le siècle prochain aux Editions de l’Age d’Or « qu’est mort, mais qui reviendra encore, si on y pense très fort » (proverbe genevois).

