le temps, le vent portent les feuilles
de mes dix sept ans révolus
l’amour, la joie, le bruit, les filles
Marie Christine, que je salue
mon cœur est noir et volatil
par effraction, le monde est neuf
je veux m’encanailler des villes
avec la nuit, avec la teuf
y’a Greg qui m’invite à clamser
à minuit pile sur sa bécane
si ça marche pas, c’est juré
on ira s’exposer le crâne
qu’est-ce qu’on a fait de nos symboles
quand on ne va plus à l’école
qu’est-ce qu’on a fait de pas sensé
quand on a quitté le lycée
le temps, les plaies portent les croûtes
de mes dix sept ans résolus
je me revois près d’une route
j’aimerai crever dans la rue
les punks ont le droit de cité
chez Mamy, le bistrot s’emplit
de désordre et d’âcre fumée
de nos désirs, de nos envies
on prend des cuites dans les parcs
et on se fout de bien parler
on a des allures de monarques
désenchantés, désopilés
qu’est-ce qu’on a fait de nos amours
quand on ne va plus dans la cour
qu’est-ce qu’on a fait de nos excès
quand on a quitté le lycée
le temps, la vie portent le mal
de mes dix sept ans désœuvrés
de l’allégresse, du métal
des cicatrices pour de vrai
les théorèmes sous les grands chênes
la poésie pour mettre en scène
la débâcle, mon général
le corps et l’âme en diagonale
personne n’a jamais gagné
mais c’est au combat qu’on grandit
qu’est-ce qu’on en fait, de nos cahiers
mon vieil ami, qu’est-ce qu’on en dit
qu’est-ce qu’on a fait de nos idoles
quand on ne va plus à l’école
qu’est-ce qu’on a fait de nos idées
quand on a quitté le lycée

