Je suis en train (en fait, non : je suis bien chez moi et le paysage ne défile pas à plus de cent à l'heure, c'est juste une façon de dire ) ... Je suis donc en train de lire l'excellent "Par les bois du Djinn" ( Parle et bois du gin ), de l'inclassable Alphonse Allais (1854-1905), inventeur bienheureux, avec son ami Charles Cros, du café lyophilisé, du néo alexandrin, de la rime complète, du sonnet holorime, de la peinture monochrome, de la poésie scientifique, et de nombreuses spécialités loufoques (qui font date). C'est très 19ième siècle, et c'est surtout très marrant. Je le conseille aux curieux ( et aux culs-rieuses - ça c'est fait...) de tous poils, et même aux imberbes. Quelques exemples, qui volent haut :
Devenu le mari d'une exécrable rosse / Il la tua dès le réveil / Au lendemain de son absurde noce / La nuit porte conseil...
Sur elle n'ayant pas d'argent l'accorte blonde / Offrit à son amant un joli coryza / La plus belle fille du monde / Ne peut donner que ce qu'elle a...
Avant de demander sa main / Il l'a baisa... près de l'oreille / Ne remet pas au lendemain / Ce que tu peux faire la veille...
ou encore, extrait du Alphonse Allais de François Caradec, aux éditions Fayard, à propos de religion ( sujet qui fâchait bien en dix huit cent et quelques ) :
II y a à peu près deux mille ans, une jeune asiatique, fort connue depuis sous le nom de vierge Marie, manifestait devant qui voulait l'entendre son goût très vif pour le célibat. Des voix, que j'ai tout lieu de croire autorisées, changèrent sa vocation. Faisant miroiter à ses yeux les intérêts supérieurs de l'humanité, ces voix suggérèrent à la jeune fille que le monde ne pouvait être sauvé que par un fils issu de ses entrailles. Marie se laissa convaincre. Elle épousa bientôt un respectueux menuisier du nom de Joseph et, l'année d'après, mettait au monde un fils. Un respectueux menuisier ai-je dit. Oui, respectueux, au delà de toute exagération. Marie était devenue mère à la suite de l'opération généralement désignée sous le nom d'opération du Saint Esprit. A la vérité, cette expérience n'était autre chose que ce que nous appelons aujourd'hui la fécondation artificielle, opération parfaitement connue des mages chaldéens de l'époque. Ce qu'il advint du bébé, vous le savez aussi bien que moi : très intelligent, fort débrouillard, excessivement calé sur une foule de sciences et, ce qui ne gâte rien, charmeur de tout premier ordre, Jésus Christ, puisqu'il faut l'appeler par son nom, sauva le monde et fonda une religion, laquelle, à l'heure où nous mettons sous presse, est encore des plus prospère...
Culotté, non ?
Et il y en a pour tous les goûts. Bonne lecture.
Allez, je me lance : "T'es con Philippe / Thé, confit, lippe." A bientôt.

